Père Darío et Mère Eusebia: évangíle vécu...

Père Dario et mère Eusebia se sont approchés de la Parole de Dieu, dans la méditation et dans la vie quotidienne, comme à Parole vivante, par une rencontre direct avec Jésus. Et Jésus les a rendus intimement participes de ses sentiments, de ses gestes, de ses attitudes intérieures.
            Père Dario a été particulièrement touché par la compassion de Jésus devant les foules perdues, comme des brebis sans berger. Comme Jésus, il voyait ce qu'au-tres ils ne voyaient pas:  une foule immense de souffrants auxquels personne ne pensait.
            Dans cette Parole de Jésus est enraciné son propre appel: «  … Ému au spectacle misérable de beaucoup de pauvres malades, souffrants d’une maladie incurable, rejetés par les hôpitaux ordinaires et délaissés même des parents dans ses propres maisons … », père Dario a mûri l'urgence intérieure de fonder la famille des "Filles de saint Eusèbe de Verceil", afin qu'elles exerçassent le mini-stère de la charité envers les derniers et délaissés.
            D'ici est partie sa recherche audacieuse d'une mai-son qui pourrait accueillir les refusés par la société. Même s’il a trouvé de différents logements aptes au but, il a dû vivre l'expérience du refus : «  … nous n’avons pas pu en avoir aucun, parce que dès qu'on venait à la connaissance de nos intentions, ils nous étaient niés presque avec de l'horreur… La proximité des pauvres malades qui peu-vent être infectés à cause de maladies répugnantes, ce n'est pas certainement à la plupart agréable, ni tout à fait désirée… Pauvre…, sans argent, sans connaissances, conscient de ma petitesse… pauvre   cordonnier de place, je n'avais pas de mieux que prier et attendre… ». C’est l'expérience de Marie et de Joseph à Bethléem:  « … il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtel… ».
            "Ramassez les fragments parce que rien aille per-du… ». Comme Jésus, aussi père Dario savait cueillir, au-delà des apparences, la faim et la soif la plus profonde des foules de son temps. Sa mission sacerdotale le pous-sait non seulement à accueillir dans sa maison les frag-ments d'humanité délaissée et refusée, mais à répondre à l'appel de l'église qui sollicitait à aller au rencontre des masses « …  pour porter au milieu du monde ce souffle de foi, charité et pitié chrétienne qui doit réformer la société présente désormais trop détachée de Dieu… Le service aux malades dans ses propres maisons est simple-ment un de ces moyens qui peut instiller, dans les familles privées, les sens chrétiens éteints ou complète-ment oubliés… ».
            Père Dario insistait que ses filles abordassent une formation solide et vigoureuse et se consacrassent à une prière intense et continue. Il s'agissait d'affronter une mission délicate, difficile, importante, exposée à risques et dangers continus. Leur formation avait lieu dans la vie quotidienne, à travers la charité exercée et vécue en tou-tes ses expressions: bienveillance, bonté, douceur, conso-lation, patience, bonnes manières, esprit de sacrifice, joie. Elles devaient évangéliser avec leur vie.
            Quand père Dario envoyait une de ses filles au chevet d'un mécréant, d'un libre penseur, ou d'une per-sonne hostile à l'église  - alors la franc-maçonnerie était généralisée -   il recommandait: « … ne parle pas de Dieu, mais transmets Dieu avec ta charité, jusqu'à susciter dans l'autre le désir de Dieu… ».  Et lui même il accompagnait la veille avec l'adoration et l'intercession pendant toute la nuit.
            Ainsi il écrivait aux premières sœurs : « … nous ne devons pas nous perdre de courage parce que, comme la Sacrée Écriture dit:  'vis vi unita fortior': la force unie à l'autre force devient plus forte… ». La charité et l'interces-sion, unies, elles étaient évangélisation pleine, au point à opérer miracles continus de conversion. Du mystère de Dieu Amour, contemplé dans la méditation et dans la prière, jaillissait le feu de la mission qui reconduisait nombreux lointains à la communion avec Dieu.
            Ils voulaient reproduire l'exemple de Jésus, pas venu pour les sains mais pour les malades, pas pour les justes mais pour les pécheurs. Jusqu'au sacrifice extrême de la croix, Jésus a accompli la mission reçue par le Père:  réunir tous les fils de Dieu qui étaient dispersés. Et la vie de père Dario et mère Eusebia elle a été toute marquée par la croix, portée en silence et avec amour pour le salut des frères.
            Comme Jésus qui « … passa en faisant du bien à tous… », aussi père Dario, avec mère Eusebia et les pre-mières sœurs, ils ont ouvert leur cœur et les portes de leur maison « … à n'importe qui en était dans le besoin, sans aucune discrimination d'âge, sexe, condition sociale, race et foi religieuse... ». Ils étaient convaincus que cha-que homme est notre frère, chaque homme est fils de Dieu Amour, chaque homme est porteur de Dieu Amour.
            Mais leur prédilection était pour les plus faibles, pour ceux auxquels personne ne pense, pour ceux qui n’ont  pas voix, pour ceux qui sont refusés par tous. Cette attention à la valeur de chaque personne humaine conti-nue à offrir un recouvrement de valeurs humaines et spirituelles, qui peuvent contribuer à la construction de la civilisation de l'amour, selon l'invitation pressante de Paul VI, notre cher cardinal protecteur.
            « Jésus passa en faisant du bien à tous… » : cette Parole continue encore aujourd'hui à attirer notre cœur. Elle allume en nous le désir de continuer à faire de la maison mère le cœur de notre famille religieuse, afin que ce soit un phare de rayonnement, comme aux temps de nos fondateurs. Elle nous encourage à une ouverture de charité sur la mesure de Jésus, de saint Eusèbe et de nos fondateurs. L'esprit de famille qui, aux origines, régnait parmi tous, continue à caractériser celui qu’aujourd'hui nous osons appeler notre « village de la charité ». Que tous ceux qui frappent à notre porte puissent trouver écoute, aide, consolation, sérénité, comme il est le cœur de Dieu Amour.
            La charité pourra fleurir et se rayonner en expres-sions toujours nouvelles, créatrices, en envahissant la ville et le monde, si tous ensemble, comme famille élargie, nous continuerons à puiser à la source vive de la Parole. Seulement la Parole vécue personnellement et dans la communauté nous donne, au-delà de nos limites, la rapidité et la disponibilité à répondre nôtre « oui », comme Marie, aux nouveaux exclus d'aujourd'hui. Seule-ment un grand amour fécondé par l'Esprit est capable de guérir leurs blessures.
            Il devient ainsi vrai l'hymne communautaire, expression de notre charisme, qui nous ramène constam-ment à la mission de Jésus: « … l'Esprit du Seigneur est sur moi. L'Esprit du Seigneur m'a consacré et m’a envoyé à apporter la bonne nouvelle aux pauvres, à panser les plaies des cœurs meurtris, à proclamer la liberté des esclaves, la libérations des prisonniers, à promulguer l'année de grâce du Seigneur… » (Isaïe  61,1-2 en Luc 4,16-21).
            Mère Eusebia, dans le moment le plus sombre de la preuve, elle a reçu, de meilleures autorités civiles de la ville, l'invitation à se mettre au service des prisonniers, comme messagère de consolation pendant leur détention, comme bonne samaritaine à leur démission de la prison, en offrant la chaleur d'une maison et le soutien pour la réinsertion dans la société.
            Aujourd'hui, avec étonnement, nous découvrons que les autorités civiles demandent encore à notre village de la charité de devenir une vraie alternative à la prison, pour récupérer à la sérénité, à la paix, à la confiance, à la miséricorde, les cœurs cassés. Il nous semble de pouvoir affirmer que notre réponse est fruit de la Parole et de l'exercice assidu de la Lectio Divina. Mais aussi l’aug-mentée sensibilité envers les personnes les plus fragiles c’est une offrande d’action de grâce à Dieu Amour qui nous inonde tous.
            Voir et servir Jésus dans le petit, dans le pauvre, dans le faible, dans celui qui souffre, ça a été la caracté-ristique de toute la vie de mère Eusebia. Ce ministère sacerdotal l'a aussi transmis à ses filles, dans le quotidien.
            Sur le lit de sa mort elle a ainsi synthétisé son message évangélique: « … filles, ce que vous faites, faites- le volontiers pour amour de Dieu. Rappelez-vous que Jésus croira fait à soi ce que vous faites à celui qui est souffrant;  même un verre seul d'eau, donné dans son nom, il sera récompensé. Rappelez-le toujours… ».
            Soeur Élie témoigne ainsi: « … après une observa-tion faite à une sœur qui avait traité grossièrement un pauvre malade, la Mère nous donna une exhortation sur la charité. Je l’ai vue à bras ouverts, comme Jésus en croix, et je rappelle qu'elle nous a dit:  'Filles, si vous avez la tentation de maltraiter un de nos chers souffrants, ne faites-le pas, de préférence venez me taper, parce qu’ils sont la pupille des yeux de Dieu.' Et en disant cela ses yeux pleuraient… ».
            « … Vous l’avez fait à moi… » (Mt 25,35-40) : c'est une autre Parole de Dieu qui caractérise notre charisme de charité dans l'église.

Leia também