… La Parole et le Cénobe eusébien …

Ce climat d'évangile vécu avait inspiré le cénobe de Verceil, où Eusèbe était la règle vivante. Les cénobites et les vierges, trainés de son exemple et de sa sainteté, ils apprenaient à vivre ensemble dans un cœur seul et une âme seule, à mettre tout en commun, à se former à la charité et à la mission.

Nous savons qu’Eusèbe naquit en Sardaigne. La tradition indique en Cagliari la ville natale de lui. Son enfance et sa première adolescence sont presque com-plètement inconnues. Saint Jérôme et saint Ambroise témoignent qu'Eusèbe laissa l'île à un jeun âge et il fut élève de l'école ecclésiastique de Rome, où il fut ordonné "Lecteur". Comme Lecteur il devait lire des passages de la Sacrée Écriture aux assemblées des fidèles, réunies dans les jours de fête et dans les veilles nocturnes en prépa-ration des solennité et des commémorations des martyrs.

Des témoignages de personnages ecclésiastiques contemporains ou de peu postérieurs, nous venons à connaître l'élévation spirituelle d'Eusèbe lecteur. Dans sa résidence de Rome il s'était imposé une discipline austère de mortification et de pénitence et, par l'assidue prière et contemplation, inconsciemment il se préparait au mini-stère pastoral qui l'attendait après l'élection à évêque de Verceil.

À Rome il connut saint Athanase, le grand confes-seur et le vaillant défenseur de la vérité pure et pleine du mystère de la Trinité, mais aussi témoin de la vie mona-stique de la Thébaïde et surtout de la vie du grand ‘Abba Antoine’. Cette amitié eut une élevée et durable incidence sur toute sa vie et sur le cénobe qu’il a fondé.

Entre ses camarades d’école et de ministère du Lectorat, Eusèbe connut et fréquenta comme ami celui qui, en âge mûr, devint évêque de Rome: Pape Liberio. L'estime réciproque était si grande que le Pape, en circon-stances graves pour la foi catholique, s'adressa sponta-nément à Eusèbe, devenu évêque de Verceil, pour le choisir son légat et représentant, comme il résulte de quelques lettres que Liberio écrivit à Eusèbe et qui sont parvenues jusqu'à nous.

Eusèbe Lecteur non seulement connut et approfon-dit les Écritures Sacrées, mais il en fit le fondement de sa vie spirituelle et contemplative: à Rome en offrant aux fidèles, réunis en assemblée liturgique, la lecture orante de la Parole ; à Verceil, en choisissant pour soi et pour son cénobe un style permanent de vie sainte.

Pendant l'exil, un jeune ecclésiastique d'Antioche, Évagre, subit le charme spirituel d'Eusèbe, au point de vouloir le suivre dans le voyage de retour à Verceil pour être formé à l'école de son cénobe. Évagre devint, plus tard, évêque d'Antioche, successeur de Pierre, d'Ignace… Dans son voyage d'Antioche à Verceil, Eusèbe porta avec soi les évangiles et le commentaire aux psaumes, écrits en grec d'Eusèbe de Césarée: un matériau précieux pour son cénobe.

Eusèbe Lecteur de la Parole qui devient prière et vie, maintenant se fait traducteur de la Parole, ou mieux le premier traducteur, avec ses cénobites, des évangiles et des psaumes du Grec en latin. C’est le précieux « Code A » jalousement gardé dans le trésor de la cathédrale de Verceil comme une relique.

La traduction latine n’a pas été faite pour l'étude, mais pour la prière et la formation des cénobites et des vierges, pour l'évangélisation de la ville et des campa-gnes, dans la langue parlée par le peuple. Dans le IVème siècle la Parole et les textes liturgiques étaient écrits en grec, une langue connue seulement des savants, pendant que la langue courante était le latin. Le cénobe eusébien a averti l'urgence de s’évangéliser pour évangéliser. C’est pourquoi on a compris l'importance de traduire les textes liturgiques dans la langue que tout le monde pouvait comprendre. C’est une surprise découvrir que la même chose est arrivée, à notre époque, à propos du "Sacro-santum Concilium" au Vatican II, lorsqu'on est passé du latin comme langue officielle unique de l'église catholique (pas plus comprise par le peuple de Dieu) aux langues courantes des pays différents du monde.

La Parole a éclairé saint Eusèbe particulièrement sur le mystère de la Très sainte Trinité. À côté de saint Athanase, il est un des plus grands confesseurs de la foi de Nicée dans le mystère de l'incarnation de Jésus, vrai Dieu et vrai Homme. La communion fraternelle, sur le modèle de la communion trinitaire et la déification de l'homme, opérée par la Pâque du Christ, ce sont le fonde-ment de la vie du cénobe et le contenus de toute leur évangélisation.

Les chrétiens de l'église eusébienne s'étaient for-més sur la roche solide de la Parole, correctement com-prise et authentiquement vécue, au point de se maintenir dans la fidélité, même durant la tourmente de l'hérésie aryenne, qui avait englouti l'église occidentale et orientale et qui avait confiné dans le long exil leur Père et Pasteur. La confirmation que ses fils étaient restés solides dans la foi véritable, sera la plus grande source de consolation et d'espoir pour Eusèbe en exil. Mais la force des fils venait aussi du témoignage héroïque de leur évêque, prêt à donner sa vie pour la pureté de la foi, transmise par les apôtres et mûrie au Concile de Nicée sous le guide de l'Esprit.

Aujourd'hui, en regardant de loin cet événement, avec stupeur et émotion nous découvrons qu'il s'agit d'une expérience exceptionnelle du IVème siècle: la communauté chrétienne entière de l'église eusébienne se maintient fidèle pendant le naufrage universel de la foi, dans lequel évêques et fidèles de toute l'église de cette époque se sont effondrés, sauf peu de confesseurs et témoins jusqu'au martyre.

Avec la lumière d'aujourd'hui nous osons dire que le cénobe et la communauté chrétienne d'Eusèbe vivaient en permanence la mesure haute de la vie chrétienne. C'était une véritable « mission permanente ». Telle était la réputation de leur sainteté qu'il était devenue coutume des diocèses de vaste partie de l'Italie, avec siège vacant, de frapper aux portes du cénobe eusébien pour choisir son propre évêque.

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